Afficher article  OCTOBRE 1790 : LE TREMBLEMENT DE TERRE

Depuis 1732, les armes espagnoles étaient parvenues à protéger et à couvrir un territoire qui s'étendait à une centaine de kilomètres autour d'Oran. Les arabes payaient un tribut, la paix semblait revenue.

Les subsides toujours plus importants que l'Espagne envoya, l'ardeur que déployèrent les occupants - ils construisirent en soixante ans de la deuxième occupation beaucoup plus d'ouvrages qu'en deux cent ans de la première - tout porte à croire que les Espagnols étaient bien décidés à conserver, coûte que coûte, la ville qu'ils avaient reprise.

L'influence sans cesse grandissante qu'ils exerçaient sur des territoires, jusqu'alors non soumis, pouvait leur permettre de penser que leur autorité était définitivement établie.

Les évènements en décidèrent autrement.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre 1790, un tremblement de terre d'une rare violence boulversa Oran de fond en comble.

Presque toutes les maisons s'écroulèrent. La vieille Casbah, elle même, ne fut pas épargnée. On dénombra trois mille victimes parmi lesquelles le Gouverneur et sa famille, ensevelis sous les ruines du magnifique palais gubernatotial que le duc de Montemar avait élever près de l'emplacement de l'église Saint Louis actuelle.

Seul le Rozalcazar tint debout.

Le gouverneur par intérim, dans un rapport très pessimiste fit aussitôt part à son roi de la situation dans laquelle se trouvait les troupes logées sous la tente et la ville déjà attaquée par les tribus environnantes.

Baba-Hassan, Dey d'Alger, jugeant la situation propice, envoya Mohamed-El-Kebir, Bey de l'ouest à la conquête de la place.

Dans cette circonstance, le Castillo de Rozalcazar joua son rôle de puissante forteresse.

Des renforts étaient arrivés de la métropole. Le gouverneur et ses hommes, bien décidés à défendre chèrement leurs vies, occupaient la citadelle et ses fossés et attendirent un assaut qui ne vint pas.

Sans plan colonial bien défini, lassée d'une place forte dont la possession n'était qu'onéreuse à la couronne, engagée déjà dans une lutte contre la Révolution Française, l'Espagne songea à rappeler ses troupes.

Des négociations s'entamèrent. Une convention fut passée avec le Dey d'Alger le 12 septembre 1791. Elle accordait six mois aux occupants pour évacuer la ville d'Oran.

Les Espagnols devaient laisser la Place dans l'état où ils l'avaient trouvée en 1732, à charge pour eux, s'ils le jugeaient utile, de détruire les aménagements qu'ils avaient apportés depuis.

Des forts et de nombreux bâtiments furent minés, mais au dernier moment, Madrid donna l'ordre de ne rien faire sauter, peut être dans l'espoir de revenir un jour...

Par excès de zèle, le fort San Miguel sauta peu avant l'arrivée du contre-ordre.

Afficher article  LA FIN DES TRAVAUX DU CASTILLO DE ROZALCAZAR

Quand les Espagnols étaient bloqués dans la place, ils communiquaient avec les forts extérieurs à l'aide de porte voix. Ce système n'était pas sans présenter de sérieux inconvénients, un convoi de poudre à destination du fort Santa Cruz était tombé, peu après 1732, dans une embuscade tendue par un renégat qui en avait compris la demande.

 

Le nombre de galeries souterraines de communication qu'ils prodiguèrent alors à Oran, de 1735 à 1740 est vraiment impressionnant. Tous les forts étaient reliés entre eux et la place.

Pour sa part, le Castillo de Rozalcazar en possédait trois:

- la première, la plus importante, celle qu'on appelait "Galeria Mayor" (grande galerie) reliait les casernes voûtées, alors en construction, au fort San Andres (Saint André actuel).

- La deuxième reliait le donjon aux fortifications de la ville. Elle passait sous le ravin de Raz el Aïn et débouchait à la porte de Canastel (place Kleber).

- La troisième enfin était celle du fort San Miguel (elle servait tout dernièrement d'abri pour la défense passive).

Indépendamment de ces galeries de communication, le Rozalcazar possédait aussi des galeries de contre mine, percées le long du front de l'Aïn Rouïna, front décidemment bien défendu par les occupants.

Vers 1760, le général Don Juan Zemeno fit encore exécuter des travaux considérables. Se servant du Donjon pour raccorder les deux tracés celui du front de mer et celui de la campagne, il fit reconstruire entièrement celui là et achever les casemates voûtées près de l'entrée, dans lesquelles plus de huit cent hommes purent s'installer.

Une ins cription, placée au dessus de la porte d'entrée perpétue la date d'achèvement des travaux.

REYNANDO EN LAS ESPANAS LA MAJESTAD DEL SENOR CARLOS III Y MANDANDO ESTAS PLAZAS EL THIENIENTE GENERAL DON JUAN MARTIN ZERMENO INSPENTOR DEL REGIMIEN TO FIXO SE HIZO ESTA PUERTA SE CONSTRUIERO LAS BOVEDAS PARA ALOJAMIENTO A LA GUARNICION Y SE REEDIFICO EL CASTILLO POR LA PARTE DE LA MARINA. ANO MDCCLX

"Sous le règne de sa majesté Charles III, dans les Espagnes, ces places étant commandées par le Lieutenant Général Don Juan Martin Zermeno, Inspecteur du Régimant sédentaire on fit cette porte, on construisit les voûtes pour le logement de la garnison et l'on réédifia le Château en ce qui concerne la partie qui regarde la mer. L'an 1760".

Le Castillo de Rozalcazar est ainsi terminé. Son enceinte solidement bâtie, peut résister à de nombreux assauts. Il possède un casernement pour la troupe, un vaste magasin à poudre (Donjon) et un cavalier sur le front Est. Ses bastions armés d'une nombreuse artillerie, ses forts extérieurs judicieusement établis lui donnent une puissance défensive jamais atteinte.