Faute d'hommes et de crédits, ceux-ci ne venant pas, ceux là occupés à réprimer en Espagne la révolte des Morisques, les travaux qui avaient débuté vont marquer un sérieux temps d'arrêt.

Déjà en 1600, Diégo Suarez  historien et soldat qui servit trente ans à Oran parlant des forts de la ville pouvait dire "qu'ils couvent la Ville comme une poule ses poussins. Le Rozalcazar serait de loin le plus important si on le terminait".

Les travaux portant, ne seront pas repris de sitôt et il s'écoulera une assez longue période avant que des Gouverneurs énergiques entreprennent de terminer cette citadelle magnifiquement tracée par l'ingénieur italien.

Il est à croire que les Espagnols n'ont pas su faire la conquête du pays dont ils occupaient le port.

Quelque quarante ans après la prise d'Oran, Charles Quint régnant sur les Espagnes, la flotte maîtresse de la mer, tenant presque toute la côte, les Oranais sont aussi étroitement enfermés dans leur ville qu'au premier jour de la conquête.

Pour affirmer leur puissance, qui est réelle, ils exécutent de temps à autre, des sorties, sorties fort chères parfois à seule fin de châtier les tribus rebelles.

Philippe II, successeur de Charles Quint, débuta sagement en donnant l'ordre de poursuivre avec célérité les travaux de fortification de la ville. Mais bientôt, les soucis aidant, il commença par y transférer les condamnés du grand bagne de Malaga, puis tous ceux, grands et petits, qui le gênaient. Il se désintéressa ensuite de sa place forte d' Afrique, au point d'en envisager un instant l'évacuation.

Pendant ce temps nobles exilés et officiers menaient à Oran un train de vie fastueux, joutes d'armes, divertissements de toute nature se déroulaient au milieu d'un tel raffinement que la ville fut surnommée en Espagne "Corte Chica" (petite cour).

Don Juan d'Autriche, reçu à la table du gouverneur de la place, lui fit remarquer que le roi, son maître, ne faisait pas aussi bonne chère et n'était certainement pas aussi bien servi.

Par contre, les humbles desterrados (déracinés-exilés) et condamnés n'avaient pas les mêmes moyens d'existence et travaillaient beaucoup plus. Les menaces de rébellion, les évasions étaient fréquentes.

L'argent n'arrivant pas - un gouverneur d'Oran dut battre monnaie de fer - les soldats, pour la plupart volontaires, ne touchaient pas leur solde. Ils demandaient soit à rentrer chez eux, soit à s'embarquer pour les Indes, "où l'on trouvait de l'or et des perles en marchant".

En 1600, la mutinerie gronde, entretenue par les hommes du Rozalcazar. Un papier circule annonçant qu'ils ne feront plus rien s'ils ne perçoivent pas au moins une avance.

Pour remédier à la situation tragique parfois de leurs troupes, les gouverneurs avaient recours aux razzias. A la t^te de leurs hommes, ils sortaient de la ville, tombaient à l'improviste sur les tribus amies ou ennemies, emmenaient hommes, femmes, enfants, bétail qui étaient ensuite vendus sur la place publique.

Tout le monde y trouvait son compte mais le partage ne se faisait pas toujours sans contestation.

La piraterie avait changé de camp.

Les Maures de leur côté ne restaient pas inactifs. Ils venaient bien souvent, sous les murs même de la ville y opérer pour leur propre compte, des razzias fructueuses aux dépens des chrétiens abhorrés.

C'était alors le branle bas général dans Oran. A la cloche d'alarme, le guetteur de Rozalcazar sonnait à toute volée. Exilés et condamnés, travailleurs et soldats oubliant un instant leurs rancunes personnelles, tous courraient sus à l'ennemi. Une sortie avait lieu, certains n'en revenaient pas.

C'est dans cette atmosphère continuelle de guerre et de haine, tantôt bâtisseurs, tantôt soldats, lâchant le mousquet pour la truelle que les Espagnols durent poursuivre leurs travaux.