Afficher article  DEUXIEME OCCUPATION ESPAGNOLE 1732 - 1792

Philippe V, roi d'Espagne ne voyait pas, sans amertume, la ville d'Oran aux mains des Turcs qui "leur donnait ainsi des avantages formidables sur les provinces méridionales de son royaume".

Débarrassé de ses soucis européens, dans la ferme résolution de reprendre sur les barbaresques une revanche éclatante, il confia au conte de Montemar, le commandement d'un corps expéditionnaire qui entra dans Oran le 1er juillet 1732, après avoir culbuté les maures accourues en masse pour empêcher le débarquement.

La ville prise, le duc (nommé duc par son roi pour son brillant exploit) de Montemar se convainquit immédiatement de l'impérieuse nécessité de perfectionner les fortifications d'Oran.

Elles étaient presque toutes à reprendre.

Le Castillo de Rozalcazar avait beaucoup souffert du siège de 1708.

Le roi ayant approuvé le projet présenté, les vainqueurs se mirent immédiatement au travail.

La main d'oeuvre nécessaire manquait cependant.

Les troupes de la garnison étaient très occupées à garder leur conquête car les Turcs n'avaient pas perdu tout espoir de reprendre la ville. Aussi, les bagnes furent réinstallés à Oran peu après la reprise de la place. On pouvait compter vers 1760 jusqu'à deux mille condamnés aux travaux, non compris les desterrados qui, revenus eux aussi, ne contribuèrent pas moins à l'amélioration des moyens de défense.

Le castillo de Rozalcazar, qui était, par sa forte position, le pus important des forts de la ville, va devenir, grâce aux aménagements intérieurs et extérieurs qu'on y apportera, le dernier refuge ou réduit des troupes en cas de siège.

De 1737 à 1741, le général José Vallejo, alors gouverneur d'Oran, fit construire successivement les ouvrages suivants :

- Le fort Santa Térèsa (Sainte Thérèse) à l'extrémité Nord Est du promontoire, presque à pic sur la mer, formant le prolongement normal de la forteresse. Il pouvait contenir deux cent hommes et de nombreux canons.

- La batterie Santa Anna (Sainte Anne) entre le fort Sainte Thérèse et le Château.

- Les fossés tout le long du front de l'Aïn Rouïna, avec murs de contrescarpes, redan et place d'armes. Ces fossés dans lesquels on descendait par une poterne (elle existe toujours et débouche dans le stade Lyautey) permettaient de communiquer avec les deux ouvrages cités plus haut.

- La demi-lune et la barera (barrière) de Rozalcazar qui partant de la demi-lune venait aboutir à un fortin à l'emplacement duquel se trouve aujourd'hui le Cercle Militaire.

- Enfin le fort San Miguel (Saint Michel) sur le versant opposé du ravin de l'Aïn-Rouïna près le lycée de garçons actuel. Ce dernier fort était des plus importants, il couvrait les avenues du ravin et contenait deux cent cinquante hommes et dix huit pièces de canon. Il était relié au Castillo de Rozalcazar par une belle galerie souterraine qui passait sous le ravin de l'Aïn-Rouïna. Il sauta lors du départ des Espagnols en 1792.

De toutes ces réalisations il ne subsiste aujourd'hui que la demi-lune en piteux état.

Le fort Saint Thérèse et son assise ont été rasés de 1924 à 1930 pour l'agrandissement du port d'Oran.

La batterie santa Anna sert actuellement de belvédère à la promenade de Létang.

Les fossés de la citadelle sur lesquels passent aujourd'hui la rampe Valès, dont les murs de soutènement ne sont autres que ceux de contrescarpe d'autrefois, la la barrière de Rozalcazar, tout cela a disparu sous la poussée toujours plus forte de la ville.

 

Afficher article  1708 - 1732 PREMIERE OCCUPATION TURQUE

Dès 1702, le Dey d'Alger avait résolu d'en finir avec l'occupation espagnole. La place d'Oran était bloquée rigoureusement. Profitant des démêlés de l'Espagne (guerre de succession) et de la trahison du chef des galères qui au lieu de porter secours à la ville, rallia l'escadre anglaise pour se mettre à la disposition de l'Autriche, Bou-Chelagram, bey de l'ouest vint attaquer Oran, dont les forts extérieurs furent pris d'assaut les uns après les autres.

Après un long siège, manquant de secours, ayant épuisé vivre et munitions, la ville fut prise dans la nuit de Noël de 1708.

Le Castillo de Rozalcazar se défendit le dernier.

La nuit Sainte fut passée dans un communion plus étroite avec leur Dieu, au milieu des fracas des assauts. La garnison se rendit que le lendemain soir. Forte de cinq cent hommes, elle fut enchaînée et réduite à l'esclavage.

Les Beys de de l'ouest avaient toujours rêvé de faire d'Oran la capitale de leurs états. Aussi, Bou-Chelagram ayant obtenu, à titre de récompense le gouvernement de la ville qu'il avait conquise, n'eut-il rien de plus pressé que d'y transférer le siège de son beyleck. Il s'installa lui m^me avec ses femmes dans le palis de la vieille Casbah.

Bou-Chelagram régna ainsi vingt quatre ans, au milieu de son harem, dans un repos presque absolu, à peine troublé par ses discussions avec le Dey à propos du Denouch (impôt triennal obligatoire) qu'il était tenu de porter en personne à Alger.

Il na parait pas que pendant cette période, les Turcs aient fait construire ou améliorer quoique ce soit à la défense de la ville ou de ses forts. Bien au contraire, les brèches faites par leur artillerie dans les fortifications de la Place, lors du siège de 1708, attendront le retour des Espagnols pou être réparées.

Mers-El-Kebir était redevenu le nid de pirates d'autrefois.

Ils courraient de nouveau les mers et les prises fort nombreuses, vendues sur la place d'Oran, allaient grossir le trésor du Bey.

Afficher article  LES TRAVAUX DU CASTILLO

Peu après le milieu du XVII siècle, les travaux du Castillo de Rozalcazar reprirent avec plus d'activité.

Sous l'impulsion de gouverneurs énergiques des ouvrages de fortifications s'élevèrent un peu partout pour défendre une ville que la convoitise permanente des Deys d'Alger mettait en péril, chaque fois que leurs pointes de reconnaissance arrivaient jusque sous ses forts.

Le Castillo de Rozalcazar fut terminé en 1701, au moins temporairement.

Cette date est matérialisé par l'inscription suivante qui se trouve sur la face droite du demi-bastion de gauche, dans le front de l'Aïn - Kereïna (aujourd'hui promenade publique dite "Petit-Vichy".

REYNANDO EN LAS ESPANAS

LA MAJESTAD DEL REY D.PHELIPE

QUINTO Y GOBERNADO ESTAS

PLAZAS EL EX° SENOR

MARQUES DE CASASOLA SE

HIZO ESTA OBRA Y SE ACABO

ANO DE 1701

"Sa Majseté le roi Don Philippe V régnant dans les Espagnes, ces places étant commandés par son Excellence le marquis de Casasola, on construisit cet ouvrage et on l'acheva- an 1701"

Cette inscription, surmontée d'un bel écusson aux armes d'Espagne était entièrement composée de lettres majuscules de plomb coulé dans la pierre.

Le temps et le manque d'entretien l'ont dégradé quelque peu, mais elle est toujours visible bien qu'en partie cachée par les figuiers de Barbarie qui descendent le long de l'escarpe.

Le Castillo de Rozalcazar de cette époque, ne présentait pas, à beaucoup près, l'aspect du Château Neuf actuel.

Les forts tournés vers la ville et la campagne étaient sensiblement les mêmes, mais le front de mer avait été bâti à la hâte, d'une manière toute provisoire.

Quant à l'intérieur, il se réduisait à peu de chose. Si quelques banquettes avaient été élevés, ainsi d'ailleurs qu'un cavalier (des murs ont disparus sous l'amoncellement de bâtiments disparates que les Turcs et Français ont construits depuis) sur le front Est, il n'existait, à part le Donjon, aucun aménagement pour la troupe.

La garnison forte de cinq à six cent hommes logeait partie au Donjon, partie sous la tente.

En fait, le Castillo de Rozalcazar n'était pas terminé.

Afficher article  GUERRE ET HAINE....

Faute d'hommes et de crédits, ceux-ci ne venant pas, ceux là occupés à réprimer en Espagne la révolte des Morisques, les travaux qui avaient débuté vont marquer un sérieux temps d'arrêt.

Déjà en 1600, Diégo Suarez  historien et soldat qui servit trente ans à Oran parlant des forts de la ville pouvait dire "qu'ils couvent la Ville comme une poule ses poussins. Le Rozalcazar serait de loin le plus important si on le terminait".

Les travaux portant, ne seront pas repris de sitôt et il s'écoulera une assez longue période avant que des Gouverneurs énergiques entreprennent de terminer cette citadelle magnifiquement tracée par l'ingénieur italien.

Il est à croire que les Espagnols n'ont pas su faire la conquête du pays dont ils occupaient le port.

Quelque quarante ans après la prise d'Oran, Charles Quint régnant sur les Espagnes, la flotte maîtresse de la mer, tenant presque toute la côte, les Oranais sont aussi étroitement enfermés dans leur ville qu'au premier jour de la conquête.

Pour affirmer leur puissance, qui est réelle, ils exécutent de temps à autre, des sorties, sorties fort chères parfois à seule fin de châtier les tribus rebelles.

Philippe II, successeur de Charles Quint, débuta sagement en donnant l'ordre de poursuivre avec célérité les travaux de fortification de la ville. Mais bientôt, les soucis aidant, il commença par y transférer les condamnés du grand bagne de Malaga, puis tous ceux, grands et petits, qui le gênaient. Il se désintéressa ensuite de sa place forte d' Afrique, au point d'en envisager un instant l'évacuation.

Pendant ce temps nobles exilés et officiers menaient à Oran un train de vie fastueux, joutes d'armes, divertissements de toute nature se déroulaient au milieu d'un tel raffinement que la ville fut surnommée en Espagne "Corte Chica" (petite cour).

Don Juan d'Autriche, reçu à la table du gouverneur de la place, lui fit remarquer que le roi, son maître, ne faisait pas aussi bonne chère et n'était certainement pas aussi bien servi.

Par contre, les humbles desterrados (déracinés-exilés) et condamnés n'avaient pas les mêmes moyens d'existence et travaillaient beaucoup plus. Les menaces de rébellion, les évasions étaient fréquentes.

L'argent n'arrivant pas - un gouverneur d'Oran dut battre monnaie de fer - les soldats, pour la plupart volontaires, ne touchaient pas leur solde. Ils demandaient soit à rentrer chez eux, soit à s'embarquer pour les Indes, "où l'on trouvait de l'or et des perles en marchant".

En 1600, la mutinerie gronde, entretenue par les hommes du Rozalcazar. Un papier circule annonçant qu'ils ne feront plus rien s'ils ne perçoivent pas au moins une avance.

Pour remédier à la situation tragique parfois de leurs troupes, les gouverneurs avaient recours aux razzias. A la t^te de leurs hommes, ils sortaient de la ville, tombaient à l'improviste sur les tribus amies ou ennemies, emmenaient hommes, femmes, enfants, bétail qui étaient ensuite vendus sur la place publique.

Tout le monde y trouvait son compte mais le partage ne se faisait pas toujours sans contestation.

La piraterie avait changé de camp.

Les Maures de leur côté ne restaient pas inactifs. Ils venaient bien souvent, sous les murs même de la ville y opérer pour leur propre compte, des razzias fructueuses aux dépens des chrétiens abhorrés.

C'était alors le branle bas général dans Oran. A la cloche d'alarme, le guetteur de Rozalcazar sonnait à toute volée. Exilés et condamnés, travailleurs et soldats oubliant un instant leurs rancunes personnelles, tous courraient sus à l'ennemi. Une sortie avait lieu, certains n'en revenaient pas.

C'est dans cette atmosphère continuelle de guerre et de haine, tantôt bâtisseurs, tantôt soldats, lâchant le mousquet pour la truelle que les Espagnols durent poursuivre leurs travaux.