Philippe V, roi d'Espagne ne voyait pas, sans amertume, la ville d'Oran aux mains des Turcs qui "leur donnait ainsi des avantages formidables sur les provinces méridionales de son royaume".
Débarrassé de ses soucis européens, dans la ferme résolution de reprendre sur les barbaresques une revanche éclatante, il confia au conte de Montemar, le commandement d'un corps expéditionnaire qui entra dans Oran le 1er juillet 1732, après avoir culbuté les maures accourues en masse pour empêcher le débarquement.
La ville prise, le duc (nommé duc par son roi pour son brillant exploit) de Montemar se convainquit immédiatement de l'impérieuse nécessité de perfectionner les fortifications d'Oran.
Elles étaient presque toutes à reprendre.
Le Castillo de Rozalcazar avait beaucoup souffert du siège de 1708.
Le roi ayant approuvé le projet présenté, les vainqueurs se mirent immédiatement au travail.
La main d'oeuvre nécessaire manquait cependant.
Les troupes de la garnison étaient très occupées à garder leur conquête car les Turcs n'avaient pas perdu tout espoir de reprendre la ville. Aussi, les bagnes furent réinstallés à Oran peu après la reprise de la place. On pouvait compter vers 1760 jusqu'à deux mille condamnés aux travaux, non compris les desterrados qui, revenus eux aussi, ne contribuèrent pas moins à l'amélioration des moyens de défense.
Le castillo de Rozalcazar, qui était, par sa forte position, le pus important des forts de la ville, va devenir, grâce aux aménagements intérieurs et extérieurs qu'on y apportera, le dernier refuge ou réduit des troupes en cas de siège.
De 1737 à 1741, le général José Vallejo, alors gouverneur d'Oran, fit construire successivement les ouvrages suivants :
- Le fort Santa Térèsa (Sainte Thérèse) à l'extrémité Nord Est du promontoire, presque à pic sur la mer, formant le prolongement normal de la forteresse. Il pouvait contenir deux cent hommes et de nombreux canons.
- La batterie Santa Anna (Sainte Anne) entre le fort Sainte Thérèse et le Château.
- Les fossés tout le long du front de l'Aïn Rouïna, avec murs de contrescarpes, redan et place d'armes. Ces fossés dans lesquels on descendait par une poterne (elle existe toujours et débouche dans le stade Lyautey) permettaient de communiquer avec les deux ouvrages cités plus haut.
- La demi-lune et la barera (barrière) de Rozalcazar qui partant de la demi-lune venait aboutir à un fortin à l'emplacement duquel se trouve aujourd'hui le Cercle Militaire.
- Enfin le fort San Miguel (Saint Michel) sur le versant opposé du ravin de l'Aïn-Rouïna près le lycée de garçons actuel. Ce dernier fort était des plus importants, il couvrait les avenues du ravin et contenait deux cent cinquante hommes et dix huit pièces de canon. Il était relié au Castillo de Rozalcazar par une belle galerie souterraine qui passait sous le ravin de l'Aïn-Rouïna. Il sauta lors du départ des Espagnols en 1792.
De toutes ces réalisations il ne subsiste aujourd'hui que la demi-lune en piteux état.
Le fort Saint Thérèse et son assise ont été rasés de 1924 à 1930 pour l'agrandissement du port d'Oran.
La batterie santa Anna sert actuellement de belvédère à la promenade de Létang.
Les fossés de la citadelle sur lesquels passent aujourd'hui la rampe Valès, dont les murs de soutènement ne sont autres que ceux de contrescarpe d'autrefois, la la barrière de Rozalcazar, tout cela a disparu sous la poussée toujours plus forte de la ville.